« Charlie Chaplin, L’Homme Orchestre. »

Charlie Chaplin, le résistant au cinéma parlant de 1927… et à la parole… Celui qui comprend que le silence parle parfois plus fort que tous les mots, que tout est dit en un geste, que corps, danse, rythme et son peuvent être orchestrés dans un chef d’œuvre ultime. La voix de Charlot sort pourtant -enfin- en 1936 dans Les Temps Modernes. Chaplin commence sa carrière tôt sur les planches à quatorze ans, et c’est grâce à son demi-frère aîné Sydney qu’il entre à dix-huit ans dans la troupe de Fred Karno. Il apprend la pantomime et s’exerce au violon.

Charlot débute en 1914 et seulement quatre ans après est connu aux quatre coins du monde. Ce qui le distingue, le génie des Temps Modernes serait ce fil intérieur qui le guide: la poésie au-delà du comique. Son corps en équilibre instable, constamment mu par des forces contraires… Parodie incessante du monde, Charlie Chaplin est aussi l’homme à tout faire ou l’homme orchestre; acteur, directeur, musicien, compositeur… mais aussi l’artiste avant-gardiste ayant prédit le fonctionnement interne des guerres dans Le Dictateur et le parodier par excellence, à titre d’exemple Carmen de Bizet dans Charlot joue Carmen.

Une silhouette au langage universel dont l’humour est féroce mais dont la violence finit par s’imbiber d’un halo de poésie… De plus, de par son apparence unique, Chaplin est l’incarnation d’une culture populaire comprise de tous. Dans ses films, il base sa trame sur la musique, langage universel.

Charlot s’entête à s’enfermer dans son mutisme. ‘Je ne peux pas souffrir le parlant et je déteste l’idée de la couleur,’ affirme-t-il dans une entrevue en 1931. Il connaît pourtant aussi la critique: ‘Si Charlie tient à garder ce qu’il appelle la grande beauté du silence, il ne lui reste qu’à s’enfermer dans une cellule d’ermite ou de se faire moine.’ -Al Jonson répond à Charlot, Ciné Miroir 1929. En 1940, son film Le Dictateur se termine avec la phrase ‘tu dois parler,’ comme une urgence aussi bien historique que personnelle…

Toutefois, une phrase dans la presse demeure et défie le temps: ‘Charlie Chaplin n’a pas à parler pour être compris. Il n’a qu’à paraître et à penser quelque chose.’ -L’Art de Charlie Chaplin, Mon Ciné, 1925. Le thème ‘Smile,’ qu’il a composé, est repris par plus de cinquante artistes de par le monde. ‘Smile, though your heart is aching. Smile, even though it’s breaking. When there are clouds in the sky, you’ll get by.’

Une canne, un chapeau, les mouvements saccadés d’un corps à contre-temps, de l’humour et les airs de violon d’un poète au cœur. Charlot. Et les temps modernes s’en souviennent. ‘Un jour sans rire est un jour perdu,’ -a day without laughter is a day wasted.-


*Exposition: Charlie Chaplin, L’Homme Orchestre. Philarmonie de Paris, 221 Jean Jaurès, Paris.

Marie-Christine