Fuga, de la réalisatrice Polonaise Agnieszka Smoczynsk, au nom d’une femme

Après avoir perdu la mémoire, Alicja change de personnalité en deux ans et se reconstruit à petite dose de femme indépendante.
Elle ne désire pas renouer avec son passé mais sa famille la retrouve. Elle doit alors faire face à sa responsabilité de mère, de fille et de femme.

Un mélodrame sombre et riche en émotions teinté de psychologie et de suspense. Les images sont sombres et froides et reflètent l’atmosphère glaciale du film. Les gros plans sont réservés à l’héroïne afin de réduire les distances physiques qui séparent le spectateur d’elle et de l’aider à pénétrer dans son fort intérieur, de comprendre ses crises, de sympathiser avec la mère coupable sans remords, avec la femme curieuse sans sentiment amoureux et enfin de ne pas juger celle qui a brisé tout cadre social pour un retour à la femme sauvage. Un caractère intriguant qui se défait de toute aliénation sociale dans une touche dramatique reflétant une crise d’identité, non seulement en Pologne, mais dans le monde, en transposant la situation d’Alicja en un cadre plus universel, celui des femmes en grande majorité.

De plus, le film laisse un impact de questionnements universels:

Que reste-t-il de nous sinon les souvenirs que nous aurions laissés derrière? Est-ce qu’un coeur pourrait battre deux fois, en deux temps différents, au même endroit, ou bien n’aurait-il effectivement jamais battu? Pourrait-il seulement réapprendre à battre… ne serait-ce que pour sauver la partie?
Est-ce qu’on se défait jamais de la culpabilité de ne pas être présente en tant que mère et est-ce que l’amie-de-la-famille pourrait combler tous les vides des jeux de radeau qui prend le large?… Combien de temps devrait-on accorder aux êtres qui nous entourent, à ceux qui nous aiment, à ceux qui attendant de nous un signe ou un clin d’oeil… combien de temps avant de prendre le large, à jamais, parce qu’en dépit des responsabilités, on se devrait -peut-être encore, tant qu’il est encore temps…- d’être heureux… et il en est toujours temps.

Un film qui remet en question tout sentiment de devoir et qui pose les questions qu’on ne devrait pas poser… parce que, tout simplement, ‘il ne le faut pas.’

 

 

Marie-Christine Tayah

 

*Dans le cadre de la Reprise à Beyrouth de la 57ème Semaine de la Critique/Cannes 2018 au Cinéma Metropolis -Empire Sofil, organisée en partenariat avec l’Institut français de Beyrouth. Jusqu’au 2 août. Toutes les projections ont lieu à 20h00.