J’ai perdu mon corps, un film de Jérémy Clapin… ou la main du destin

‘-Est-ce que tu crois au destin?

-Comme si tout était écrit d’avance et on suivait une sorte de trajectoire?

-Ouais.

-Et qu’on pourrait rien changer?

-À moins de faire… un truc complètement invisible et irrationnel.

-Un truc comme quoi?

-Un truc improvise que tu devrais pas faire, que t’aurais pas dû faire mais que t’as bien fait de faire parce qu’au final ça t’a ramenée ailleurs et tu regrettes pas. Un truc comme ça.

-Et après? Une fois que t’as dribblé le destin tu fais quoi?’

J’ai perdu mon corps est le film d’ouverture de la Reprise de la 58ème Semaine de la Critique à Beyrouth à Metropolis Empire Sofil du 22 Juillet au 3 Août, un événement signé l’Association Metropolis (Art Cinéma) en partenariat avec l’Institut Français, qui élargit chaque année les horizons et rallie temps et espace face au grand écran.

Ce film d’animation de Jérémy Clapin, adapté de Happy Hand, le roman de Guillaume Laurant, a remporté le prix Nespresso lors du Festival de Cannes 2019 pour la Semaine de la Critique. L’histoire transcende cependant le genre pour emporter le spectateur dans des questionnements quant à la vie, la mort, le destin, le travail quotidien mais aussi et surtout, l’amour. L’amour idéaliste, intrépide, dévoué.

À Paris, une main tranchée est à la recherche de son entité, à corps perdu. C’est à travers elle que se dessinent toutes les animations de chaque jour, la vie toute tracée d’un jeune homme, Naoufel, qui s’entête à braver son destin, sa rencontre amoureuse avec Gabrielle qu’il essaie coûte que coûte de rejoindre en forçant le destin.

La poésie entremêlée d’un lourd vécu, de ces moments anodins de la vie qui marquent les êtres sans qu’ils s’en rendent compte… tout comme les mots encourageants des parents à leurs enfants, les personnes que l’on aide en chemin, les gestes de tous les jours, les services des voisins de palier, les rires et les confidences d’un soir sous la pluie, la motivation au travail… en un mot, la vie. Sans retenue. Celle que l’on défie, celle que l’on brave, celle que l’on chérit.

Une valse à mille temps dans toute la ville, lourde de sens, de suspense et de crescendos, au rythme des sons et des couleurs, où l’on reconstitute peu à peu avec Naoufel les souvenirs d’un petit garçon à l’enfance heureuse jusqu’au jour -inévitable pour chacun- d’un accident. Naoufel et sa bulle dans la tête, Gabrielle et sa légèreté et puis la main… Le trio danse sur la portée musicale du destin. La main devient alors progressivement courage, lien, labeur, magie et déculpabilisation à la fois.

On ne perd son corps -chacun à sa façon- que pour retrouver une partie de soi… ou le fil du destin.

Marie-Christine Tayah