La femme sauvage se réveille pour le lancement de BIPOD 2018

‘Maqamat aimerait rendre hommage non seulement aux femmes chorégraphes, mais à toutes les femmes qui se battent ouvertement ou en privé, et continuent remarquablement à se frayer un chemin dans la vie. Femmes qui le sont et d’autres en devenir, vous toutes méritez d’être célébrées. Cette année, la 14ème édition de BIPOD vous est dédiée.’ C’est avec ces mots pleins de bienveillance mais aussi de détermination que Mia Habis, Directrice Artistique de BIPOD lance le festival. De son côté, Omar Rajeh, fondateur de Maqamat affirme: ‘Nous persévérons dans le présent parce que nous croyons fermement que c’est le seul chemin pour bâtir le futur. Nous œuvrons aujourd’hui, parce que nous refusons l’oppression sous toutes ses formes, comme nous refutons la soumission.’

Pour l’inauguration du festival à D-Beirut Warehouse, ‘We Women’ de Sol Pocó bâtit des ponts entre des mondes opposés, mettant au centre de la performance La Femme, incarnée en femmes à plusieurs faces et facettes culturelles.

Une performance brute, sans fards sociaux reflète des bases de technique différentes les unes des autres, oui, parce que rebelles, ‘contemporaines,’ uniques dans leur diversité et leur affirmation de soi. Et pourtant, elles se retrouvent toutes. Dans cette même pomme qu’elles dévorent comme en reconnaissance du péché originel, mais aussi dans ce même aspect sauvage… Petites filles dociles ou matures et émancipées, elles sont à la fois témoins et actrices -de leurs propres vies.

Malgré leurs cultures diverses, des quatre coins du monde, elles connaissent toutes les mêmes conditions d’existence et sont conditionnées en tant qu’êtres humains… que femmes. Des conditions aussi bien mentales, morales que physiques… et elles les défient toutes, à force de pointes rouges de ballerine, de têtes hautes des danseuses affranchies, de jambes d’athlètes, de cheveux indomptables ou encore de voix rauques ou vibrantes dans leur musicalité vierge.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le cri de la femme sauvage remonte du plus profond de ses entrailles, dans chacune de ses vertèbres, chacun de ses os, par-delà ses ossements… Elle renaît de ses travaux forcés et les accomplit comme l’on accomplirait un sort prédestiné, sans flancher. Mais c’est vers la musique que ces êtres de coeur tendent leurs bras. Femmes porteuses, femmes berceuses, femmes fortes, femmes fragiles, elles se relèvent, de toute leur colère ou leur torpeur et se déchaînent. Jusqu’à s’exprimer de tous leurs tendons, jusqu’à fouler le sol de tous leurs orteils, se tenir, se soutenir, se lâcher, se relâcher. Leur scène de vie se termine en mouvements libérateurs où tous les corsets réprimants sont arrachés, et en toute décence, telles des louves effarouchées s’étant réconciliées -avec elles-mêmes surtout, de toute leur humanité, elles dansent!

‘Poser des questions, raconter des histoires, travailler de ses mains: tout cela participe de la création de quelque chose et ce quelque chose, c’est l’âme.’ Clarissa Pinkola Estes, Femmes qui courent avec les loups.

Marie-Christine Tayah