Le temps d’une mélodie…

C’est dans ce tourbillon de soufflé ou d’essoufflement que nous laisse Alexandre Polikevitch à chaque fois qu’il occupe la scène. Sa scène, il la crée lui-même. Dans l’espace et le temps de l’instant. Lors de La Nuit des Idées, créée et organisée par l’Institut Français de Beyrouth, sans photos, sans vidéos, aucunes, tout ce qu’il crée s’incruste dans l’éphémère mais reste, en chacun de ses spectateurs comme un hymne déroutant, poignant, beau et dérangeant, parce que cru, brut, réel, dans notre réalité d’humains.

Comme un dieu, il s’avance, entre dans une salle comble, traverse un passage grouillant de spectateurs, de bout en bout, et, sans voile, aucun, tel un Adam dont la révolte s’est apaisée au fil des ans, il se tient tout droit. C’est son soufflé qui l’emporte et finit par l’emporter. S’ensuivent alors des mouvements déchainés, enchainés. Se revêtant d’une tule rouge, il affiche haut et fort au son d’une musique envoûtante, son identité d’humain tout simplement.

En gestes homgènes, il dénonce l’hétérogénéité des stéréotypes humains et s’en défait, mouvement après mouvement. Le public est à bout de souffle. Le silence est roi. Seule la musique est grande. Tout comme l’art. Tout le reste est faiblesse. Ce n’est que lorsqu’Alexandre s’arrête, juste après sa prestation, que les sons des spectateurs épousent les siens et les applaudissements fusent de partout. Il a encore une fois affirmé que l’art, réflexion de l’humain, est libre, de cette liberté qui nous glace jusqu’aux os et nous donne envie de rêver plus fort.