Mike Massy réinvente Brel… ‘Le Délire!’

Entre ‘le ciel de Paris’ et Beyrouth sous le soleil, Mike Massy reprend son souffle, juste après le lancement de Jésus, la nouvelle fresque musicale de Pascal Obispo et Christophe Barratier en France, dans laquelle il interprètera le rôle de Jésus de Nazareth. Que ce soit sur des bulles de savon ou sur des notes, souffler pour lui c’est créer. Son piano à portée de main, il compose, chante et chante encore. Il puise son énergie dans sa passion. Que ce soit la passion du Christ ou celle d’un artiste assoiffé de Beau, on aura encore la chair de poule en écoutant son nouvel album, en français cette fois-ci. Cinq chansons écrites par Nami Moukheiber, dont des extraits de son recueil ‘Miss Vatican.’
‘Le Délire’ ne se fige pas dans sa zone de confort. Il tourbillonne contre vents et marées et prend le large. Il prend sa pause dans un port, -pas celui d’Amsterdam- et reproduit le grand et unique Brel, Jacques Brel! ‘Ne me quitte pas’ est adaptée en langue arabe -libanaise- par Nami Moukheiber et en musique par Mike Massy. Ces notes familières qui nous reviennent de loin, enrichies de perles de pluie et de mots insensés retombent en langue maternelle. Elles épousent les envolées de poète épris de rouge ou de noir, et viennent se poser sur nos terres brûlées… et puis, avant que Mike réponde pour de bon à l’appel de la Seine, pour que notre ciel d’ici flamboie, il nous laisse dans une phonétique propre à lui, ce feu qui rejaillit d’un ancien volcan, comme un ‘ne-me-quitte-pas.’

Chanter Brel demande du cran, du courage, ou de l’arrogance?… Pourquoi Brel?

Chanter Brel, c’est montrer ses faiblesses et se mettre à nu. C’est vulnérable de chanter Brel. Pourquoi Brel? Parce que je rêve de devenir un héro. Je suis conscient que c’est une folie mais les folies ne me font pas peur. Je n’ai peur de rien en général, que de moi-même. Chanter Brel c’est aussi un peu comme quand on va à l’église. C’est un rituel. Adapter Brel, en paroles et en musique, c’est complètement autre chose; c’est le comprendre à sa manière. C’est aussi ne pas le connaître assez. Comme lorsqu’on voit un portrait et le reproduit sans plus l’avoir en face de nous et sans en rajouter non plus; on retrace ce qui nous colle à la tête, ce qui nous a marqués, en images et en son. Faire des reprises à sa manière est de la modestie. Je pense que des grands comme Brel et Barbara sont généreux. S’ils ont écrit et chanté c’est pour partager leur art avec le monde et nous expliquer, nous faire comprendre quelque chose.

 

L’adaptation est-elle un long travail ou l’inspiration du moment?

Ce projet de faire des reprises de Brel date depuis 4 ans. Cette première chanson est un tout premier essai modeste. J’ai trouvé la bonne personne pour m’aider à l’adapter: Nami Moukheiber. Quand la responsabilité se partage, tout est moins lourd à porter.

 

Qu’en est-il des droits d’auteur?

J’ai reçu l’autorisation de Madame France Brel, la fille du grand Jacques Brel. Je me permets de reprendre le mail mot pour mot: ‘Malgré les libertés prises par rapport au texte original, France souhaite que je vous transmette son bon pour accord, ceci par égard pour l’élégance du texte en arabe. Pour ce qui concerne votre introduction musicale, France a été surprise de ne pas entendre les cinq notes légendaires, véritable signature mondiale de ce titre: mi, mi, fa, mi, mi.’

 

Pourquoi ne pas les avoir ajoutées?

Pour rester fidèle à l’élément de surprise en voyant le titre de la chanson, ‘ne me quitte pas,’ on se dit qu’on va écouter par la suite les fameux ‘mi, mi, fa, mi, mi.’ Puis on ne les écoute pas. Cela pourrait engendrer une déception, mais c’est une surprise pour sûr. De même que l’on voit le titre en français, mais la chanson commence plutôt avec les paroles en libanais. Voilà pourquoi l’effet de surprise m’est important parce qu’il s’aligne au premier chef avec la reprise de la chanson de Brel. Comme dernièrement je suis en train d’apprendre à aller jusqu’au bout des choses, je vais également jusqu’au bout de l’effet surprise.

 

Les paroles ne sont pas une traduction littérale de la chanson de Brel. Cela veut-il dire par le fait même que vous acceptez de comprendre Brel à la manière de la personne qui a adapté les paroles, Nami Moukheiber?

Oui, ou ne pas le comprendre aussi parce que Jacques Brel est un personnage complexe et ce qu’il écrit fait partie des choses que l’on n’ose pas dire parfois. Je dirais que c’est le comprendre mais aussi ne pas le comprendre non plus… non?

 

C’est le premier album qui sort en français?

C’est mon premier album oui. J’ai chanté avec Pascal Obispo pour la fresque musicale Jésus. J’ai aussi des titres en français qui ont été enregistrés d’une manière éparpillée mais c’est mon premier album en français.

 

Pourquoi cette décision?

Parce que je me suis dit il est temps et la vie est courte et je ne veux plus calculer parce que sinon je ne ferais pas les choses. Après tout, ce sont des chansons alors je ne vois pas pourquoi je ne devrais pas chanter, sortir des albums et m’amuser. Au fait ce n’est pas aussi compliqué que cela. Pourquoi vas-tu à la plage aujourd’hui, plutôt que demain?

 

Parce qu’il fait beau!

Voilà, parce qu’il fait beau… c’est tout.

 

Travailler le rôle de Jésus demande beaucoup de temps, un espace différent. Comment trouver encore l’énergie pour la canaliser aussi dans un autre projet?

Je n’ai jamais su comment je trouve l’énergie de faire ce que je fais. Je n’ai jamais pu trouver de réponse en fait, mais je crois que c’est la passion qui me recharge. Mais c’est vrai que la remise en question de tout ce qui se passe; le fait de quitter Beyrouth pour aller m’installer à Paris, d’ouvrir cette parenthèse que j’ai fermée il y a quinze ans, est une leçon pour moi… Il ne faut jamais cesser d’essayer de réaliser ses rêves. Chanter dans une comédie musicale en France était mon rêve d’enfant. Je me disais qu’il y a trois millions de chanteurs et de comédiens en France qui sont excellents. Je ne comprends pas pourquoi j’irais faire un casting là-bas. J’ai clos le sujet comme on mettrait un vieux nounours au grenier en se disant, ‘j’ai grandi.’ Au fait, c’est ‘le casting’ qui est venu vers moi. Cela m’a appris beaucoup de leçons. Je pense que les idées que l’on propage dans l’univers nous reviennent tout comme lorsqu’on souffle les bulles de savon. Le vent les ramène vers nous et elles nous éclaboussent le visage.

 

Comment arriver à créer encore du nouveau au beau milieu de tout ce tourbillon?

Quand je travaille, j’oublie hier et je fais comme s’il n’y avait pas de lendemain. C’est comme si je devais terminer tout ce que je fais aujourd’hui. Voilà pourquoi le matin quand je me lève et que je fais de belles choses je me dis heureusement que je suis debout pour pouvoir continuer ce que j’ai commencé. Voilà comment je peux mettre mon énergie sur ce que j’accomplis dans cette minute-là. Travailler sur plusieurs projets en parallèle ou créer est esquintant. Quand une femme accouche d’un enfant ou de deux, elle sera plus fatiguée c’est sûr, mais elle ne laisserait pas tomber un enfant pour un autre. D’où est-ce qu’elle puise sa force? Je ne sais pas. Moi non plus.

 

Comment se passe le processus de collaboration avec Nami Moukheiber? Est-ce la musique ou les paroles qui précèdent? Le titre ‘Tais-toi’ a déjà été sorti avant n’est-ce pas?

‘Tais-toi’ est sorti en live mais c’est le premier enregistrement de la chanson. Quant au processus de création, ce sont des poèmes qu’il avait écrits dans son recueil ‘Miss Vatican.’ Mais on se connaît depuis pas mal de temps et depuis qu’il était en train d’écrire son livre, certains de ses poèmes étaient déjà destinés à être chantés par moi. On avait commencé à fredonner ‘Toute à Beyrouth’ et ‘Tais-toi’ avant même qu’il ait eu l’idée de les sortir dans ce recueil de poèmes. Je pense qu’il s’est un peu découvert aussi en tant que parolier de chansons. Il est très musicien lui aussi dans sa nature. Les chansons et les poèmes sont un peu nés ensemble mais il y a aussi des poèmes qui m’ont inspiré comme par exemple ‘Pour nous aimer.’ Je me suis levé une fois à cinq heures du matin, chanté le poème, l’ai enregistré par téléphone et envoyé par whatsapp à Nami en disant ‘voilà c’est ça.’ Des fois on fait des gâteaux sans trop connaître la recette. On improvise et le résultat est bon. D’autres fois, les recettes classiques ne réussissent pas. Voilà pourquoi ce n’est pas ennuyeux de faire de la musique… ni d’écrire. L’art en général n’est pas ennuyeux. On ne s’ennuie que lorsque l’on sait ce qu’on va faire.

 

Une phrase qui vous vient à la tête -des cinq chansons qui vont sortir?

‘À tue-tête.’

 

 

*La signature officielle de l’album ‘Le Délire’ se fera le mercredi 24 mai 2017 au Virgin Megastore – Opera -Beyrouth centre-ville.

Marie-Christine Tayah