Plus fort que la colère… ‘Aboulghadab’

L’atemporel est de nouveau sur scène. Celui qui ne se limite pas aux espaces des abris intérieurs, petits. Celui qui défie les quatrièmes murs et sort des trous noirs, ceux des nuits, des colères refoulées ou déversées comme un trop plein de vie fait vibrer les gens de chez nous et ceux venus d’ailleurs.
Ceux qui sont restés debout malgré toutes les guerres et ont tenu tête -ou coeur- aux séquelles d’hier. Comment? À petites doses de Katol, de lampes à gaz qui s’étouffent, mais surtout d’amour, ou d’humour.
C’est avec cet humour qu’Aboulghadab tourne la guerre -toutes ses guerres et les nôtres- en dérision.
Lui, le Molière Beyrouthin, des pierres démolies, trouées, salies, bafouées, dressées, fières, des terres vierges ou brûlées, il se construit un espace.
Il revitalise les yeux où les larmes ont séché. Généreux dans ses monologues, il les colorie en dialogues à mille voix.
Il se tiendra toujours là, droit ou se balançant, promenant ses yeux de gauche à droite, mettant à nu ses émotions aux mille feux, ceux de la guerre, des héros de ce monde et de l’autre, et de sa passion pour l’espèce humaine. On saura toujours où le trouver: sur scène!… Avec tous nos souvenirs, au nom de ceux -Celui- qui sont partis, comme une continuité de coup de Maître, comme une renaissance courageuse. D’un phoenix. De Beyrouth.
Les rires se déchaînent, les larmes percent au fond des yeux qui brillent et les applaudissements à ‘l’infini… tif’ vont au-delà du quatrième plafond, vers le ciel. Tout est là. Au théâtre, ‘théâtrum’ en latin: ‘être témoin.’ Et l’on est témoin. De notre Liban qui rit encore et se rit des malgré… On rit grâce à lui aujourd’hui, le même joe d’Ashrafieh* -ou de Gemmayzé, dit joe Kodeih.

-Marie-Christine Tayah