‘Sawtee…’ et tous ces maux sans paroles…

Sawtee est une représentation scénique interprétée par Yolla Khalifé, Souraya Baghdadi et Nadra Assaf sur la musique de Yolla et Rami Khalifé au Théâtre Monnot. La mise en espace est une réalisation de Chadi Zein. D’espoirs en désillusions, de craintes en échecs, de tâtonnements en affirmations de talons… Trois Grâces, des corps qui se touchent, tâtent le vide, puis se dévoilent, se déchaînent, des voix qui émettent des sons et puis s’expriment. Des voies de femmes.

De ces instruments à vent, ces corps entremêlés, suspendus, déchaînés, ne nous restent que quelques notes, mouvements, tourbillons dans nos têtes. Dans nos âmes de spectateurs assoiffés d’émotions retentissent encore des phrases: ‘Je suis une partie de toi,’ ‘je rêve de tes bras qui m’entourent,’ ‘mon coeur solitaire rêve de ta chaleur pour colorier ma tristesse,’ ‘laisse-moi trembler, frissonner, comme la première fois,’ mais encore, ‘laisse-moi t’aimer.’ De toutes ces bribes d’amour, ces pas de deux, ces portées, ces postures de danseuses affranchies, mais aussi de femmes, présentes dans leur féminité, leur force, leur corps, regards, voix, il ne nous reste que des rêves dévoilés, des illusions déchues, des souvenirs d’enfants perdus, mais encore, une décision de regarder demain en face, sans broncher… et puis pirouettes!

 

Les mots de Nadra Assaf restent, pesants, imposants, bruts. ‘Si je pouvais revenir en arrière, je me serais dit: calme-toi, la vie n’est pas aussi sérieuse que tu le crois. Il y eut des moments dans ma vie où je me haissais et où je haissais les autres aussi… J’aime la femme que je suis devenue… j’aime les autres.’

 

Une fouille indomptable sur les traces du passé, à retracer le comment et le pourquoi des choses et une longue quête qui s’en suit, à la recherche de soi, comme un point que l’on fixe dans le noir, pour pouvoir tourner, tourner et tourner encore, jusqu’à ce que tout retombe en cendres. ‘Je parle au silence sauvage, je parle à la pâle lune et je m’endors sur les feuilles blanches… Que sont ces distances, quel est ce vide…’ Enfant insouciant et noeuds de poupées, beauté préservée se perdant entre les espaces vides et les portes ouvertes qui ne mènent nulle part… Loins les sons mornes, loin la blessure terne, loin la mise en abîme écrasante… des couleurs tendres du berceau jusqu’au gouffre du cerceuil, rien que des lumières fortes, des spots, projecteurs, qui mettent tout en relief: les couleurs pourpres, les départs vers une perdition des âmes, les valises lourdes des aéroports ou de toute une vie, le temps qui presse -pour qui et pour quoi-, tout ce qui se meurt chaque nuit dans un baiser pour se réveiller le lendemain au beau milieu d’un rythme qui s’accélère et où la fragilité devient force féminine, droite et fière.

‘J’ai visité des lieux d’échange et de transformations. C’est là que j’ai pu grandir,’ atteste Souraya Baghdadi.

 

Chacune un style, chacune une forme d’expression, d’être. Entre la danse moderne et la présence expressive de Nadra, l’élégance et les mouvements harmonieux de Souraya, la voix crue et mélodieuse de Yolla, la féminité est célébrée, à son paroxysme.

Hommage aux femmes.