‘Shéhérazade’ de Jean-Bernard Marlin ou la force de l’amour. Reprise de la Semaine de la Critique de Cannes à Beyrouth.

‘Quelque part, entre le bien et le mal, il y a un jardin, je t’y retrouverai.’ -Rumi
Quel est le juste arbitre entre le bien et le mal? Peut-on trouver le bien dans un milieu de mal? Peut-on imposer des règles de respect quand on est déjà mal parti? À qui la faute et sur qui tombe le blâme lorsque tout est faux, irrévocablement…
Tout comme le mythe de Shéhérazade, la princesse qui racontait chaque nuit une histoire à son mari le Sultan, gardant la suite pour la nuit suivante, le faisant patienter et sauvant ainsi sa tête, le thème de l’attente bat son plein dans le vide des nuits sombres ou des folies bestiales du film. C’est sur un ‘Je t’attends’ que s’achève l’histoire. Et l’on se demande si attendre aurait des limites. Celles des travaux forcés peut-être, quand on aime, ou encore plus loin… jusqu’à l’abnégation de tout, et qu’il reste un seul point d’appui; ce regard, celui de cet autre.
La recherche de l’amour. Cette quête inépuisable. L’amour qui relève, qui comprend, qui pardonne. Parce que la mère est trop occupée pour en donner. Le trouver alors ailleurs. Au compte-goutte. Là où la loi du talion règne.
C’est au sein même de cette jungle et des lumières sombres des images de nuit que l’on apprend que tout être humain est, non seulement assoiffé d’amour, mais aussi libre d’aimer, sans loi sans consignes, quelle que soit sa carapace, ses besoins animaux, ses instincts vitaux.
Le réalisateur Jean-Bernard Marlin tourne avec des amateurs; avocats, éducatrices, taulards, prostituées. Il en ressort une énergie authentique, un message vrai, une mise à nue réelle. Tout regard juge s’efface alors pour essayer de comprendre…
On suit Zachary qui sort de prison. À 17 ans, négligé par sa mère, il traîne dans les quartiers populaires. C’est là qu’il rencontre Shéhérazade.
Au fin fond de Marseille, de la violence dans les rues, du monde noir des exceptions et de la vie de prostitution la nuit, Shéhérazade l’emmène avec elle et révèle aux spectateurs la force de l’amour… d’une façon tellement crue que l’on y croit.
L’amour justifie tout.
Marie-Christine Tayah
*Dans le cadre de la Reprise à Beyrouth de la 57ème Semaine de la Critique/Cannes 2018 au Cinéma Metropolis -Empire Sofil, organisée en partenariat avec l’Institut français de Beyrouth. Jusqu’au 2 août. Toutes les projections se font à 20h00.