Sicilian Ghost Story, un film de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza.

‘Est-ce l’amour qui triomphera?

Ou bien ta lâcheté habituelle?´
Présenté à la 56ème Semaine de la Critique, dans le cadre du Festival de Cannes 2017, ce film est inspiré de l’histoire vraie de l’adolescent Guiseppe Di Matteo -interprété par Gaetano Fernandez-kidnappé à 12 ans en 1993 par la mafia italienne et retenu 779 jours…
Sa camarade de classe Luna -Julia Jedikowska-, refuse de laisser tomber son bien-aimé. Sa rébellion contre l’injustice du drame augmente avec l’indifférence de ‘tout le monde.’
‘-Tu es plus intelligente que ça.

-Et donc je dois faire semblant de rien? Comme tout le monde. La vie continue, c’est ça?

-Pourquoi? Ce n’est pas le cas?’

Luna ne cesse de s’aventurer dans la forêt à la recherche de celui qu’elle aime, enfilant une cape rouge qui nous rappelle chaperon rouge… Mais dans les bois personne… ni lune, ni loup, ni fée. Pas de contes d’enfants, ni de comptes à rebours. Juste une réalité à la touche gothique, un espace macabre et noire où les arbres touchent le ciel du bout de leurs branches, mais où le bout du chemin est tellement loin que l’on ne peut l’atteindre.
Un film qui qui ne trace pas de frontières entre fantastique et réel. Il sublime l’amour de deux adolescents qui ne s’aiment pas moins que Roméo et Juliette. Tout est contraste: le caractère rebelle de Luna et celui de sa mère froide et ‘adulte’ ainsi que celui de Guiseppe, à la fois doux et vulnérable.
L’émotion épouse les plans panoramiques de la caméra accentués par une lumière sicilienne éclaboussante de sensibilisation… Tout est appel aux sens et au sens: les arbres majestueux et dignes, l’eau aussi étouffante qu’enveloppante mais aussi les animaux sauvages de la forêt, ne font plus qu’un avec l’image. Tout est plus grand que l’Homme. La vie et la mort aussi… Mais surtout, le rêve.
Dans un poème d’enfant, on réapprend à rêver au-delà des fenêtres fermées du cachot et des cris d’adultes. On rêve et on rêve encore d’amour, à en crever. Au nom de l’amour, on est prêt à prendre les chemins les plus insignifiants, les plus sinueux, pour aboutir à cet écho, au cri animal silencieux que l’on porte dans nos entrailles, celui que la vie, la société, les ‘attention,’ les ‘il faut’ et ‘il ne faut pas’ ont étouffé.
Luna elle, est poussée par ce cri sauvage, celui de l’enfant sauvage qui refuse de désapprendre tout ce qui existe en lui d’instinctif… au nom de l’amour, et face à l’inhibition d’une société abrutie par la loi de la jungle et la raison du plus fort. Sur une musique expérimentale Soap&Skin de la chanteuse Anja Franziska Plaschg, Luna rêve et tisse sa fable. Elle rêve doucement et violemment, et emporte le spectateur dans une ambiance mythique de travelings où elle-même devient une proie à la caméra et à ses plongées. Seuls les animaux en sont témoins tels le chien enragé et l’hibou mauvais présage… mais aussi les papillons, colorés, légers, libres! Et puis tous ces yeux aux coeurs de pierres, qui voient, regardent, scrutent, mais ne disent rien.
Tout n’est que fantastique et illusions dans ce paradis perdu.
Mais notre réalité robotisée de tous les jours, nous les morts-vivants, en quoi serait-elle différente?
-Marie-Christine Tayah
 
*Projection le mardi 4 juillet 2017 à 8h30 Sofile-Métropolis.