The Nutcracker and I… Quand l’imagination nous tient au bout du fil…

La 11ème édition de Beirut Spring Festival bat son plein et les performances de qualité donnent rendez-vous à un public fidèle, assoiffé de culture. Le concert vivant, The Nutcracker and I, a eu lieu au théâtre Al Madina, Hamra, où les échos des airs de Tchaikovsky résonnent encore dans la salle. L’ouverture du spectacle s’est pourtant faite dans le silence… un silence d’une minute, beau et noble, pour rendre hommage à celle dont ni le crayon ni le coeur ne lâchaient aucune représentation scénique, l’éternelle May Ménassa.

Une pianiste en robe rouge aux cheveux ébène, une pluie d’étoiles en avant-scène sur un fond sombre et tout est magie… L’attente surtout, parce qu’elle porte en elle tout le mystère, tous les espoirs des paradis perdus. L’attente du Nutcracker légendaire sur les notes aussi bien enchaînées que maîtrisées d’Alexandra Dariescu. Les spectateurs s’envolent vers le pays où l’on revient toujours, celui de l’enfance.

La chaleur d’une maison, l’enthousiasme d’une enfant, la magie de Noël, un coin de sapin et une histoire à dormir debout… un rêve qui nous tient à l’autre bout des personnages construits en animations. Nos pensées se déconstruisent et s’échappent, le temps d’une fine escapade, sur une musique qui défie le temps et redessine tous les espaces.

L’espace d’un instant ou d’une heure est bien là. L’histoire vivante des petits est ramenée à la vie sous les doigts magiques de la pianiste. Ses mains en soupirs entre deux notes fusionnent avec celles de la ballerine en port de bras. Les mélodies aussi harmonieuses que saccadées sont entrecoupés par les applaudissements des spectateurs enthousiastes pendant les échappés d’une danseuse hasardeuse, tels les pas d’un enfant épris, intimidé par un monde trop vaste et des personnages virtuels d’animation digitale qui s’appliquent à leurs pas de danse sans retenue.

Un conte nous revient de loin sous forme d’une interprétation contemporaine, de visuels animés, formant un rideau de théâtre translucide aux mille couleurs, espace dérobé, hors temps, hors lieu… fidèle au son, le seul, l’ultime, celui de Tchaikovsky qui nous chuchote tout bas nos rêves d’enfants enfouis dans les greniers poussiéreux de tous les jours… alors on défait nos toiles d’araignées, s’échappe avec le Nutcracker aux pas de danse feutrés… et l’on sourit…

Marie-Christine Tayah

*Beirut Spring Festival, du 9 au 14 juin 2019, entrée libre.