Three Days in Quiberon d’Emily Atef ou Romy Schneider à fleur de peau… femme et mythe !

‘-I trust you.

-Why ?

-Because you’re telling me this now.’

C’est avec cette même confiance ou fragilité transparente que Romy Schneider désarme le monde, la malveillance et les proches exaspérés ou rebelles. Parce qu’elle a cette lueur dans les yeux où il est bon de vivre, ce sourire désarmant dans ses moments de haut auquel on répond toujours de tout son être. Être. C’est ce qu’elle a su faire de plus. Que ce soit dans son jeu, sur un plateau ou une scène, dans sa présence –ou son absence, en aimant ses enfants ou en défaillant à ses devoirs de mère, en remplissant ceux d’une femme ou d’une actrice… dans tous ses manques, son trop plein de vie, son laisser-aller au devant de la mort, au bord des larmes noires ou d’un mascara amoureux, Romy fut.

On est en 1981. Romy Schneider passe quelques jours dans un hôtel de SPA en Bretagne, Là, elle accorde sa dernière entrevue au magazine Stern. ‘I trust you.’ Des mots que Romy lance au journaliste de Stern, Michael Jürgs -Robert Gwisdek- alors qu’il s’apprête à publier une interview intime sur elle. Three Days in Quiberon, un film de la réalisatrice Emily Atef, -connue pour Molly’s Way et The Stranger In Me- en noir et blanc, comme pour former une sorte d’extension crédible avec les photos iconiques du photographe Robert Lebeck -Charly Hübner- pour Stern.

Romy Schneider se donne corps et âme à cette entrevue… Elle crie haut et fort qu’elle n’est pas la petite docile Sissi, rôle qu’elle a joué très jeune et dans lequel l’Allemagne l’a cloitrée à vie. Pour elle, elle se sent plus proche des rôles qu’elle a incarnés en France. Elle répond à Jürgs en toute franchise et révèle tout de ses parts les plus intimes… Au-delà des écrans, Romy Schneider est ‘une femme de 42 ans, malheureuse…’ mais elle garde toujours en elle cette fureur et cette envie de vivre.

Le film reflète aussi l’amitié de Romy avec Hilde -Birgit Minichmayr-, son amie d’enfance, qui lui rend visite à l’hôtel et essaie de la protéger de tout, surtout de l’intrusion des ‘sangsues’ de journalistes, mais elle n’y peut rien… Romy Schneider est déjà bien loin… ‘I will keep on living forever. Live life to the fullest !’ Elle est déjà -bien- partie…

L’image monochrome et les cadrages méticuleux de Thomas Kiennast reflètent aussi l’état d’âme d’une Romy Schneider loin des lumières et de ses enfants, après le suicide de son ex-mari Harry Meyen en 1979, dévastée, au bord d’une dépression ou d’une mer de la côte bretonne hors-saison, déserte et glaciale, qui trouve pourtant dans l’œil de la caméra de Lebeck, tout au long du film, un regard ami.

Ne faisant pas partie de la catégorie des films biographiques, Three Days in Quiberon en garde cependant le schema habituel de part la rétrospective de toute une vie et la teneur psychologique du caractère sublime dans ce jeu sans failles de Marie Bäumer, chez qui la ressemblance -en plus!- à Romy Schneider est aussi frappante.

Le film a fait son avant-première mondiale à la Berlinale, en compétition. Il remporte le prix Eurimages Co-Production Development Award en 2015.

Marie-Christine Tayah

 

 

*Three Days in Quiberon d’Emily Atef innaugurera la 5ème édition de la “German Film WeeK” organisée par Metropolis Empire Sofil avec Goethe-Institut Libanon du 13 au 23 septembre 2018.