Georges Yazbek: l’homme derrière l’objectif

L’idée de capter l’humanité en un instant, l’importance de sauvegarder l’Histoire, les gens en ce moment même, leurs émotions. Aller au-delà de ce qu’on voit, laisse une trace pour les jours à venir. Générer des idées, continuellement, indépendamment de toute distraction. Tout s’offre à l’oeil de la caméra, en une fraction de seconde, sans jugement, aucun. En silence ou en pleine conversation, Georges Yazbek capte le sourire d’un instant. Comme pour dire en un clic, ‘voilà à quel point tu es beau. Regarde. Garde précieusement ce moment. Cherche et trouve d’autres moments pareils…’ Pour ce photographe épris de beau et de vrai, la photographie est certes d’une grande valeur. Pour lui, les premières peintures redécouvertes des années plus tard nous ont permis de fouiller dans les ruines de notre passé et de célébrer notre présent. C’est célébrer ce moment-même qui importe. La photo est une preuve d’en-vie… ‘moments within.’

Georges Yazbek n’a jamais voulu se plier aux standards normaux. Il était en quête de bonheur perpétuel. Le parcours qu’il a choisi est son trajet vers la maturité. Tout en ses gènes y a contribué, affirme-t-il. Sa patrie, sa mère, ses frères, ses voisins… le tout joue un rôle primordial dans l’influence de l’artiste.

L’artiste se fie en premier lieu à son imagination et à sa passion. Pour lui, la foi seule suffit à transformer le rêve en réalité. La connection entre deux êtres humains est une célébration de l’existence. La seconde même compte, ne serait-ce que pour un clic de caméra.

Et les petites choses de la vie? ‘Je les apprécie pleinement. Rien ne vaut le goût du melon, le clapotis de l’eau. Nous nous devons d’être productifs; l’arbre qui ne donne pas de fruits devrait être coupé,’ atteste-t-il. ‘Ce n’est que lorsqu’on offre aux autres ce qu’on peut leur donner que l’on grandit. Voilà où réside notre reponsabilité toute entière.’

Quant au lieu où la photo est prise, ‘je prends la photo quand je la ressens. Le tout est de ramener cet autre à une expérience unique, une histoire qui lui est propre. Ce qui en sort est important. Des fois, pour créer de l’ambiance, j’ajoute de la musique… et puis, je saisis un sourire, un geste, l’instant.

 

Dans mes photos, il existe des troncs d’arbres qui paraissent morts. Je trouve qu’ils ressemblent à nos relations que l’eau emporte.’

Pour le photographe, l’art peut transformer le vécu et le visible en du merveilleux. Le temps sublime nos relations avec nous-mêmes et avec l’autre. Par l’intermédiaire de l’art, nous formons une seule entité avec l’univers. La photographie est pour lui une réplication de la réalité avec une touche de magie. ‘Des fois, je ne sais même pas si les gens que je prends en photo se connaissent ou s’ils sont réels! J’attends parfois l’instant où cette personne regarde la caméra et je sais qu’elle veut cette photo au moment même, pour la vie, alors je prends la photo,’ affirme-t-il.

Pour Georges Yazbek, le format de la photo sert l’histoire et jamais le contraire. Le sens ne se met pas au service de la forme pour lui. Lui qui aime prendre en photo les vieux, sent qu’ils leur donne un cadeau à vie. Il leur est reconnaissant de leur existence, force, effort de marcher et d’être là. Ils portent en eux des bribes de vie et d’Histoire.

La meilleure photo qu’il prendrait? Celle qu’il prendrait sans réfléchir d’une personne qui serait elle aussi dans la spontanéité. Son aspiration ultime? Apprécier tout ce qu’il croise dans la vie et utiliser sa force créatrice pour le bien de l’humanité.

 

Marie-Christine Tayah