‘Dîner entre amis,’ une pièce de Margulies mise en scène par Carlos Chahine

‘Kif Ken El 3acha?’ -ou dîner entre amis-

Lorsqu’il a connu les oeuvres de Margulies -auteur dramatique américain d’une quinzaine de pièces de théâtre jouées notamment à Brodway-, Carlos Chahine fut touché par leur humanité et par la façon dont les caractères réagissaient à la perte. ‘Ils déployaient leurs efforts, à leur manière, afin de donner sens à leur monde et à la finitude de ce qu’ils croyaient durer éternellement. Ils essayaient de profiter au grand maximum de leur vie sinon, de ne pas la rendre pire qu’elle était. Que pourrions-nous faire d’autre quand la vie n’est qu’un moment éphémère,’ dit-il.
La question essentielle à la base de la construction des personnages de la pièce de Carlos Chahine s’imposa par la suite: qu’est-ce que le désir?

La pièce est traduite par Joseph Zaitouny puis mise en scène par Carlos Chahine, avec pour assistante à la réalisation Joyce Abou Jaoude. Quatre acteurs se partagent les planches; Sahar Assaf, Serena Chami, Alain Saadeh et Joseph Zaitouny. De nouveau, deux couples dans le théâtre de Carlos Chahine. L’un qui lutte malgré et contre tout pour rester soudé et l’autre qui cède aux premières tentations.

Qu’est-ce que l’amour -le vrai; dans le vide des nuits ou à table dans la cuisine, loin des photos affichées sur les réseaux sociaux-, l’engagement –vis à vis d’une seule et unique personne, pas le polygame équilibré- ou l’institution du mariage -de corps mais surtout de coeur-… Des questions qui tiraillent les spectateurs, chacun à sa manière, malgré la fraîcheur du jeu de Serena Chami… Les questionnements demeurent, et les cycles déphasés des couples défaits ou refaits refont surface dans le noir du théâtre et le gris des pensées… On est tout simplement acteur de sa propre vie, quelles que soient les circonstances.

Des planches légendaires au Théâtre Monnot fusent arômes, odeurs et senteurs, ceux des mets gourmets des cuisinières ou des légumes fraîchement découpés. Carlos Chahine veut nous entraîner dans le monde des cinq sens, les petits gestes quotidiens, le lit défait, le bouquet de fleurs, les escapades de vacances, mais aussi les décisions de vie, le goût piquant du vin, la psychosomatisation des migraines, le fonctionnement ou défonctionnement des couples, des pairs qui tournent à l’impair, à une année ou une autre personnes près… Déconstruction des idéaux ou ‘insoutenable légèreté de l’être.’

Être ou ne pas être… Que serait-on, sans le regard de ce même autre… on se verra encore, oui, certainement… mais dans un autre miroir. Reste à savoir lequel accrocher au mur de sa chambre le soir, après la lune et surtout après le miel.

 

-Marie-Christine Tayah

 

*Théâtre Monnot -du jeudi au dimanche, 8h30.