Arts Scéniques Théâtre

De Pascal Rambert, avec Marina Hands & Audrey Bonnet.

C’est l’heure de la vengeance, du règlement de comptes, c’est l’heure où, marchant sur mes pas, tu viens me faire payer d’avoir été la plus aimée, c’est ça ? et toi celle qui soi-disant n’a pas été désirée ? C’est ça ? » Une mère qui meurt… Une de ses filles est là, mais l’autre n’a pas été prévenue à temps. Erreur ?

Une rencontre tant attendue. Celle qui défie le temps, les enterrements, les rendez-vous professionnels, les conférences et les vies au bout du fil. Des phrases qui fusent de partout. Deux sœurs, chacune dans sa solitude, chacune dans sa bulle de souvenirs, et un air de musique qui les rassemble, le temps d’une chanson ou d’un instant de complicité. Sinon, les muscles de la vengeance, les larmes de la rancœur, les chaises, les couleurs, autant de frontières que de fronts de guerre, de fronts plissés sous le poids des idées non verbalisées. Et les mots. Les mots qui tuent le tu en émoi. Le tu aussi loin possible que du moi. Le tout sur des pensées saccadées qui ne se taisent pas.

« Tu n’as jamais su être, c’est ça ton problème ». « Tu ne sais pas vivre Audrey. Tu es enfermée dans ton monde ». « Quand est-ce que tu vas te décider à grandir ? ». « Tu n’es pas grand-chose ». « Mais qu’est-ce que tu peux faire mal ». « Il faut que tu existes comme tout le monde, alors tu cherches une scène sur laquelle monter et exister ». « On n’est pas obligé de se ressembler pour vivre ». « -Pour que je meure… Est-ce qu’on est sœurs ? -Tais-toi, tu me fais peur. ». « Elle ne m’a pas prévenue ». « La géopolitique absurde ». « Tu fais comme ces cinéastes qui prétendent dénoncer la violence en nous imposant des films ultra violents. Question de morale… ». Les ravages de ces phrases creusent le silence entre ces deux êtres et les non-dits de tous les temps. Qu’ont-elles encore à perdre ? Puisque la mère, le cordon ombilical qui les a nourries n’est plus ? Qu’ont-elle encore à taire lorsque celle qui n’aurait pas pu tolérer de les écouter est partie sans crier gare ? Elles ont le souffle coupé, mais elles parlent. Elles s’adressent l’une à l’autre sans préavis, sans pincettes. Elles s’aiment et se haïssent sur les mêmes octaves que seules les sœurs peuvent comprendre. « Un conflit immense entre deux personnes que tout sépare et que tout réunit. Une lutte à mort. Pieds à pieds. Mots à mots. Corps à corps. Pour se dire à travers cette violence entre sœurs qu’une seule chose : l’amour qu’elles se portent. », écrit Pascal Rambert.