YA OMRI, un film de Hady Zaccak

La centenaire… 
Comme une chanson de Linda Lemay, ‘j’ai eu cent ans hier, mais qu’est-ce qu’elle fait la mort, j’ai encore toute ma tête, remplie de souvenirs, des gens que j’ai vus naître, puis que j’ai vus mourir.’ Incroyable pour être vrai, et pourtant… Henriette et son regard vif, son sourire chaleureux, son appétit sélectif -pour les gâteaux et les souvenirs, ses 104 rides ancrées à force d’aimer, de rire ou de pleurer, de vivre… elle est vraie.
Présente de toute son âme, elle fusionne avec les ombres et lumières qui jalonnent les chemins de sa vie, fait de l’oeil de la caméra son complice et va à la chasse aux dates d’hier dans les carnets du réalisateur.

Henriketta est, existe. En chaque femme qui a senti son coeur battre, au rythme des mots ou des escapades à deux, en chaque danseuse qui s’est enivrée aux effusions fusionelles du tango, en celle qui a porté ses bagages, lourds comme un passé apathique, pour changer de port, revenir et rêver de repartir encore… et puis finir par rester. Elle est là, en chaque mère qui a enfanté dans la douleur des parcours, des choix de vie, de la fidélité sans failles, des désillusions ou des surprises et la force de croire encore, à chaque carrefour, à la magie de l’amour.

Henriketta est chaque être qui a vécu jusqu’au fin fond de l’âme, dans les ascenceurs regorgeants de gens ou les rues vides d’une ville essoufflée. Elle a survécu jusqu’au fin fond du coeur, des chagrins d’amour ou des séparations, elle s’est battue jusqu’au désossement de ses os, pour garder cette lueur au fond
 des yeux, cette tendresse au fond de la gorge quand elle reconnaît un de ses proches -qui reviennent à chaque fois de loin, comme un retour aux sources,- elle a gardé cet élan de souffler jusqu’au dernier souffle, ses 104 bougies… et, comme une poussière d’étoiles, elle brille, en Star, sur grand écran, éternelle amoureuse de la vie.

Henriketta est ce mélange de pays sans frontières, de Brésil sans ‘ordem’ ni ‘progresso,’ de Beyrouth sans ascenceurs, d’une Jounieh surplombant la mer… Libre comme le vent, légère comme un papillon sans cocon, elle est de passage, vole, survole, prend son envol… et garde dans nos yeux emportés
 cette envie de vivre, ne serait-ce que pour sortir un rire aussi cristallin que le sien, redonner -sans reprendre- un amour aussi inconditionnel que celui d’une mère, d’une -très- Grand(e)-mère, et puis surtout, emporter un instant de cette liberté qu’elle porte en elle.

Reconnu pour ses documentaires pointilleux, ayant réalisé plus de 20 documentaires à ce jour, Hady Zaccak retrace méticuleusement, en prose poétique et à travers le vécu de sa grand-mère qu’il avait filmée d’année en année, l’émigration devenue comme une seconde nature -ou naturalisation- au Liban, le déchirement irremédiable des voyageurs, leur décision subite de revenir à leur point de chute et puis la normalité d’une vie ordinaire qui reprend le dessus.

Cependant, c’est à travers sa grand-mère que Hady trace sa trame. Sa loupe est celle d’un être, lié à ce portrait, auquel il rend hommage, non seulement par les liens du sang, mais aussi par une même vision de l’essence et l’essentiel; l’être humain, dans toutes ses failles -de mémoire ou de trajets enchevêtrés, la patrie sans frontières, celle qui garde, porte, embrasse, -et parfois mal étreint-, l’amour, celui qui relève, dans un angle de caméra ou un clin d’oeil, les souvenirs, les nôtres que l’on confie aux autres, ceux qu’ils nous gardent, subliment, précieusement, malgré tous les ‘malgré’ de l’existence et de l’oubli. Et puis, encore une fois, l’équipe du film. Une seule famille dans l’âme et les logistiques du quotidien. Les mêmes noms s’unissent encore, film après film, à travers le temps, comme pour prouver que tout est là… dans ces mains qui se tiennent et retiennent, dans cette même direction que l’on regarde, ce même objectif que l’on fixe, ce même rêve auquel on croit… l’exil devient alors oasis de paix, au-delà du temps et de l’espace… Henriette, une leçon d’amour. Avec grand A. Et d’humanité. Avec grand H. Comme Hady (Zaccak).

 

-Marie-Christine Tayah

 

 

*Réalisateur: Hady Zaccak

Directrice de la photographie: Muriel Aboulrouss

Conception sonore: Emile Aouad

Ingénieur du son: Mouhab Shanesaz

Monteurs: Hady Zaccak, Elias Chahine

Produit par: Zac Films