« Clôture de l’amour » ou toutes ces finitudes qui n’en finissent pas de finir
La fin d’un couple, la finitude d’une « fiction » d’amour. Deux monologues à couper le souffle se répondent au-delà de la solitude et par-delà la finitude. « Tout doit être dit, jusqu’au bout et plus loin que la colère même. Pour clôturer ce qui a un jour, peut-être, été ». Et que de perceptions différentes garde-t-on de ce qui a été ou pas du tout. Dans ce théâtre de pur langage, les corps conversent, bafouillent, se font face. Un face-à-face terrifiant que celui de deux êtres qui se désaiment.
Clôture de l’amour… Peut-on vraiment clôturer ce qui existait, ce qui reste entre deux humains ? Ce partage d’existence, cette symbiose d’émotions, cette envie de se toucher, de faire naître des étincelles, peut-on l’annihiler dans les méandres de l’oubli ?
Pascal Rambert défie les tours de mémoire. Avec Stanislas Nordey et Audrey Bonnet, il mène à bout l’expérience du désamour. Deux monologues poignants où l’un et l’autre se regardent sans lâcher, extériorisent les non-dits, retiennent les émotions, se balancent leur ressenti en pleine figure, dansent avec le vécu. Deux monologues poignants où le spectateur balance entre fiction et réalité, ébranlé par la sincérité de l’instant. Qu’est-ce que le théâtre sinon l’ici et le maintenant ?
Les deux acteurs, personnages, personnes, accueillent des enfants sur scène, qui chantent l’amour, comme un brin de douceur à cette clôture de l’amour. De quel amour inconditionnel sont dotés les enfants ?
Clôture de l’amour est née d’un atelier d’improvisation… Les deux artistes que sont Stanislas Nordey et Audrey Bonnet ont retracé leur vécu. Et Pascal Rambert a réécrit pour eux deux un dialogue-monologue, comme lui seul saurait le faire. Percutant. Intense. Précis. Une dernière fois, et une énième, sur scène, la pièce est jouée plus de deux-cent fois depuis sa création. Ne serait-ce pas un moyen de se quitter éternellement sur les planches ? Rupture infinie que crée Pascal Rambert. Et pourtant, ces deux acteurs, actants, se retrouvent chaque soir sur scène pour se redire, se crier, se taire, combien ils se sont aimés. S’aiment-ils encore ? Le théâtre crée entre les partenaires de scène, un lien indéfectible, le temps d’une représentation… Qu’en serait-ce de la continuité des représentations dans le temps ? Plus de deux cents ?… Quel pari artistique et humain a soulevé Pascal Rambert, et quelle fidélité au mouvement artistique que celui des deux comédiens. Dans cette clôture de l’amour infinie, le temps suspend son vol, les mots prennent sens, les silences sont bavards, et l’art transcende tout.
Clôture de l’amour de (et mis en scène par) Pascal Rambert – Avignon 2011
Avec : Audrey Bonnet et Stanislas Nordey
Captation à visionner : https://videos.opsistv.com/cloture-de-l-amour

