A Roof for Silence… Le Toit.

Pavillon libanais de la 17ème Exposition Internationale d’Architecture -La Biennale di Venezia du 22 Mai au 21 Novembre 2021. Un projet de Hala Wardé en collaboration avec Etel Adman et Fouad ElKhoury avec le concours d’Alain Fleischer -Le Fresnoy et Soundwalk Collective. En hommage à Paul Virilio.

« Il y a des espaces qui sont des respirations. Comme pour la vie des arbres, on a parfois envie de mettre son oreille et de les écouter. » Etel Adnan


Etel Adnan, Olivéa : Hommage à la Déesse de l’Olivier, 2018 © Etel Adnan 

Hala Wardé, architecte et curatrice du Pavillon Libanais va à bout de ce projet avec l’aide de son équipe et “l’énergie” que lui ont portée beaucoup de libanais. Pour elle, “abandoner aujourd’hui serait trahir la jeunesse libanaise.” Cette création consiste en “la revendication du droit au silence et au recueillement protecteur.”

Citant Baudelaire lors de la conférence de presse de présentation du pavillon libanais à la biennale de Venise, elle répète comme lui, “envivrez-vous.” Hala Wardé parle de cet enivrement de culture. “Dans le mot vivre, il y a ivre,” dit-elle. C’est en fait cette ivresse même qui l’aurait poussée à réaliser ce projet. Qu’y aurait-il de plus beau, de plus noble que l’essence même, pour refléter cette culture aux racines ancrées d’il y a plus de 2000 ans? Les oliviers du Liban demeurent, dans leur essence épurée, éthérée, libre, de cette liberté du vide dont nous parle Gibran, là où le vent souffle et chante à sa guise.

Hala Wardé élabore la relation de l’architecture aux autres disciplines ou expressions artistiques; la poésie, la peinture, la photographie et l’image. Elle soulève la question du vide et reconnecte les traces du temps entre “un symbole ancien qui est l’olivier et une artiste contemporaine qui est la poète Etel Adnan,” tentant “de mettre en regard ces deux-là et de les lier par cette question transversale du vide.”  “Nous allons ancrer ce projet dans la nécessité du vide, et la vie qui peut l’habiter comme un silence,” dit-elle.

« Là où il y a un objet sensible, être ou chose, l’espace n’est plus, nous lui retirons un volume, par là-même nous lui donnons une forme : l’Antiforme. » Paul Virilio


Paul Virilio, Tableaux Antiformes, Sans titre, 1962 Centre Pompidou, Paris, Musée national d’art moderne © Centre Pompidou, MNAM-CCI 

Ce projet architectural est en effet introduit par les « Antiformes » de Paul Virilio, théoricien de l’accélération du temps et de la désintégration des territoires. Il met en résonnance les peintures « Antiformes » de Paul Virilio, espaces d’entre-deux du vide et du plein, dans la “profondeur de champ et de temps”, avec la représentation graphique des oliviers, “produit avec lequel on mange et l’on soigne”, ainsi qu’avec celle de l’empreinte de la dégragration instantanée du port de Beyrouth, le 4 août 2020. Il trouve sa clef de voûte dans une pièce centrale, lieu ultime de l’expérience, conçue autour d’une œuvre d’art de la poétesse et artiste Etel Adnan : un ensemble de seize toiles intitulé « Olivéa : Hommage à la déesse de l’olivier ». Pour Hala Wardé, la première étincelle pour ce projet architectural est la rencontre avec cette oeuvre de Etel Adnan.

Pour elle, c’est une invitation à une immersion, un hommage aux espaces de silence dont elle prône la nécessité à la fois dans les territoires, les zones urbaines, les espaces publics et domestiques. La question du vide s’impose comme une évidence; “le vide c’est le blanc entre les mots dans la poésie, les silences en musique.” Pour en revenir au concept des oliviers, avec leurs 2000 ans, ils gardent dans leurs troncs des trous, symboles de recueillement. Hala Wardé évoque également la légende de l’arche de Noé; la colombe qui avait annoncé la fin du déluge serait venue du creux de ces arbres-là. Cette histoire reflèterait un Liban de mythes et de légendes. “L’organisme est une architecture. Le corps humain est une architecture. La lumière est au coeur de l’architecture. Le vide n’existe que par ce qui l’entoure…” autant de réflexions que de fenêtres donnant sur le vide, et qui poussent tout être à méditer, à “être”.


Hala Wardé Portrait © HW architecture

 A Roof for Silence: le projet

A Roof for Silence, qui sera dévoilé pour la première fois à la Biennale Architettura 2021 à Venise, poursuivra son itinérance culturelle dans différentes villes du monde. En première étape, il fera l’objet d’une exposition temporaire au Musée National de Beyrouth, à l’occasion de l’inauguration de sa nouvelle aile construite par la Fondation Nationale du Patrimoine pour la promotion du patrimoine architectural et artistique. Il sera notamment présenté au Palais de Tokyo à Paris. Enfin, le projet revêt une dimension sociale et patrimoniale. Des initiatives et campagnes de mobilisation seront organisées dans le cadre de la Biennale pour sensibiliser l’opinion et la communauté internationale des experts et des architectes, autour de la réhabilitation du patrimoine architectural et culturel endommagé de la ville de Beyrouth. Le Pavillon libanais offrira ainsi sa tribune à la Beirut Heritage Initiative, structure indépendante et inclusive créée à la suite de l’explosion du port de Beyrouth le 4 août 2020 pour fédérer les compétences et initiatives au sein d’une action unifiée au service de la ville.


Fouad Elkoury, Olivier de Bchaaleh 16, 2019 © Fouad Elkoury

Ce projet est une mise en place d’espaces sensibles aux rencontres et aux dialogues et une mise en espace d’un silence de recueillement “naturel”, de contemplation, de retour à la terre silencieuse mais bien là, aux sources, cristallines, jusqu’au creux, à travers le temps, jusqu’aux entrailles blanches du Liban.

Marie-Christine Tayah